La gestion des congés payés pendant un arrêt maladie connaît une transformation majeure depuis l’adoption de la loi du 22 avril 2024. Ce texte révolutionnaire impose désormais que les périodes d’arrêt maladie non professionnel soient prises en compte pour l’acquisition des congés payés, avec une rétroactivité s’étendant jusqu’au 1er décembre 2009. Cette évolution législative doit être comprise dans son contexte, car elle impacte directement les droits du salarié, la gestion des congés en entreprise et les procédures d’indemnisation. Les salariés, ainsi que les services des ressources humaines, doivent se familiariser avec ces nouvelles règles pour éviter toute perte de droits ou litiges. Dans un contexte où l’absentéisme croissant alourdit les charges des employeurs, la maîtrise de ces droits devient un enjeu à la fois économique et social.
En effet, l’arrêt maladie, souvent perçu uniquement sous l’angle de la suspension du contrat de travail, ouvre désormais la porte à une réelle acquisition de congés payés, ce qui rebat les cartes du droit social. Ce sujet engage des conséquences importantes, depuis la déclaration maladie jusqu’à la récupération des jours acquis rétroactivement, en passant par la durée d’arrêt à prendre en compte et les modalités d’indemnisation. Il s’agit également de bien comprendre la distinction entre arrêts professionnels et non professionnels, ainsi que les délais pour faire valoir ces droits, qu’on soit encore en poste ou qu’on ait quitté l’entreprise.
Le régime introduit par la loi du 22 avril 2024, complété par une jurisprudence récente, doit être analysé en détail pour vous permettre de maîtriser parfaitement vos droits et obligations. Que vous soyez salarié, employeur ou gestionnaire RH, comprendre ces mécanismes vous aidera à anticiper les demandes, sécuriser les procédures de déclaration maladie et optimiser la gestion des congés malgré une période de suspension. Nous verrons dans cet article comment calculer les congés acquis, quels sont les délais de réclamation, les procédures pour faire valoir ses droits et les enjeux financiers liés à cette réforme, tout en intégrant les conseils d’experts pour éviter les pièges et les erreurs.
En bref :
- Depuis le 22 avril 2024, l’arrêt maladie non professionnel ouvre droit à l’acquisition de congés payés, à raison de 2 jours ouvrables par mois d’arrêt, avec un plafond annuel de 24 jours.
- Cette règle s’applique rétroactivement aux arrêts survenus depuis le 1er décembre 2009, permettant aux salariés de réclamer des jours rétroactifs dans un délai légal encadré.
- Les arrêts professionnels (accident du travail/maladie professionnelle) bénéficient d’un régime spécifique avec 2,5 jours acquis par mois sans limitation de durée.
- Un délai de report minimum de 15 mois est accordé aux salariés pour prendre ces congés, à condition que l’employeur informe formellement des droits acquis.
- Les procédures de réclamation sont précises : demande écrite préalable, suivi possible devant le conseil de prud’hommes en cas de refus, avec un délai de prescription triennale fixant la limite des droits récupérables.
Les fondements juridiques des congés payés acquis pendant un arrêt maladie rétroactif
Depuis longtemps, le droit français faisait exception en ne reconnaissant pas l’acquisition de congés payés pendant un arrêt maladie ordinaire. Le salarié en arrêt, bien que suspendu de son travail, ne voyait pas ses droits continuer à courir, contrairement aux congés liés au travail effectif. Ce régime particulier avait suscité de nombreuses controverses et contentieux, jusqu’à ce que des réformes et une jurisprudence européenne entérinent un changement radical.
La base de cette évolution réside dans la directive européenne 2003/88/CE relative à l’aménagement du temps de travail, ainsi que dans des décisions clés de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Notamment, l’arrêt Schultz-Hoff du 20 janvier 2009 avait déjà souligné que les congés payés avaient pour finalité non seulement la récupération physique, mais aussi le repos et les loisirs, distincts d’une maladie. Cette distinction fondamentale impliquait que les périodes d’arrêt maladie ne pouvaient pas interrompre la constitution des droits à congés.
Face à cette pression européenne, la Cour de cassation française a opéré en septembre 2023 un revirement jurisprudentiel majeur, abandonnant sa position restrictive historiquement appliquée. Ce retournement a été consolidé par l’adoption de la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024, dite loi DDADUE, qui inscrit désormais noir sur blanc dans le Code du travail l’assimilation des arrêts maladie non professionnels à du temps de travail effectif pour l’acquisition des congés payés.
La loi précise aussi l’étendue de cette mesure : elle s’applique rétroactivement à tous les arrêts survenus depuis le 1er décembre 2009. Cette date n’a pas été choisie au hasard ; il s’agit du moment où le traité de Lisbonne est entré en vigueur, conférant une portée contraignante à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, notamment en matière de congés annuels payés. Le champ d’application est donc large, couvrant plus de 15 années d’arrêt maladie, et ouvre la voie à des réclamations rétroactives souvent substantielles.
Plusieurs articles du Code du travail encadrent désormais ce droit. L’article L.3141-5-1 prévoit l’acquisition de 2 jours ouvrables par mois d’arrêt maladie non professionnel, avec un plafond de 24 jours par période de référence. Pour les cas d’accident du travail ou maladie professionnelle, les articles L.3141-3 et L.3141-5, 5° garantissent 2,5 jours ouvrables par mois d’absence, sans limitation de durée. Ces normes répondent à un équilibre entre exigences européennes et réalités nationales.
Enfin, la prescription triennale prévue à l’article L.3245-1 du Code du travail régule la durée pendant laquelle un salarié peut réclamer ses droits rétroactifs. Trois ans à partir de l’exigibilité des congés ou de la rupture du contrat, plafonnent les possibilités, avec toutefois un délai de forclusion spécifique de deux ans pour les salariés encore en poste qui débute à la date d’entrée en vigueur de la loi en avril 2024.
Pour mieux comprendre ces évolutions, vous pouvez consulter des analyses détaillées sur les droits et calculs précis des congés payés en arrêt maladie rétroactif ou approfondir le sujet chez des experts en droit social et gestion RH.

Calcul précis des congés payés acquis pendant un arrêt maladie et plafonds applicables
Le calcul des congés payés acquis pendant un arrêt maladie non professionnel repose désormais sur un mécanisme simple mais strict. Pour chaque mois complet d’arrêt de travail, le salarié acquiert 2 jours ouvrables. Le cumul est limité à 24 jours par période de référence, généralement fixée du 1er juin d’une année au 31 mai de l’année suivante, sauf disposition conventionnelle dérogeant à ces dates.
Cette règle s’applique aussi pour les arrêts successifs, avec une addition des mois d’absence dans la même période. Par exemple, un salarié en arrêt maladie en mars, avril et juin 2023, accumulerait alors respectivement 2+2+2 jours, soit 6 jours acquis sur l’exercice 2022-2023 (mars-avril) et sur 2023-2024 (juin). Le calcul est sensible à la durée exacte de l’arrêt, qui doit correspondre à un mois civil complet pour valider l’acquisition.
Pour les arrêts professionnels, la règle diffère : il s’agit de 2,5 jours par mois sans plafond annuel, ce qui valorise plus intensément ces périodes longues d’absence liées aux accidents du travail ou maladies professionnelles, reconnues comme des événements engageant la responsabilité de l’employeur.
Le tableau suivant résume les modes d’acquisition des congés payés en fonction du type d’arrêt et des plafonds applicables :
| Type d’arrêt | Jours acquis par mois complet | Plafond annuel | Rétroactivité | Indemnisation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Maladie non professionnelle | 2 jours ouvrables | 24 jours | Depuis 01/12/2009 | 80 % (aligné sécurité sociale + employeur) |
| Accident du travail / Maladie professionnelle | 2,5 jours ouvrables | Illimité | Depuis 01/12/2009 | 100 % maintien du salaire |
Il est important de noter que, pour les arrêts maladie non professionnels, l’indemnisation de ces congés au moment de leur prise correspond à 80 % de la rémunération brute de référence, reflétant la prise en charge partielle des indemnités journalières par la Sécurité sociale et le complément employeur. À l’inverse, les arrêts professionnels bénéficient d’un maintien de salaire à 100 %, sans décote.
Un cas pratique illustre ce mécanisme : Marie, cadre en arrêt maladie de quatre mois consécutifs, ayant un salaire mensuel brut de 2 500 €, aura acquis 8 jours (4 mois × 2 jours). Son indemnité sera calculée en tenant compte de 80 % de sa rémunération, avec choix entre la règle du 1/10e ou du maintien de salaire selon la formule la plus favorable.
Le calcul est parfois source de contentieux, d’où l’importance de disposer de documents précis : bulletins de paie, déclaration de durée d’arrêt, et documentation administrative complète formant la preuve des droits. Pour approfondir les modalités et obtenir un guide de réclamation, il est utile de consulter des ressources spécialisées telles que des conseils juridiques actualisés sur les congés payés en cas d’arrêt maladie.
Délai de prescription, report des congés et modalités de réclamation pour les droits rétroactifs
La question du délai pour réclamer les congés payés acquis pendant un arrêt maladie rétroactif est primordiale. La loi encadre strictement ces délais afin d’éviter l’insécurité juridique, mais offre malgré tout une marge raisonnable pour permettre aux salariés de récupérer leurs droits.
Pour les salariés encore en poste en 2026, un délai de forclusion de 2 ans à partir de la date d’entrée en vigueur de la loi, soit le 24 avril 2024, est imposé pour engager une action en reconnaissance de ces congés rétroactifs. Au-delà, les demandes seront rejetées. La prescription classique triennale s’applique également, délimitant à trois ans la période au cours de laquelle un salarié peut obtenir l’indemnisation de ses congés acquis, ce délai courant à partir de la date d’exigibilité des droits.
Pour les salariés ayant quitté leur entreprise, la sanction est proche mais s’applique à partir de la rupture du contrat de travail : ils disposent de 3 ans pour réclamer leurs droits sous forme d’indemnités compensatrices auprès de leur ancien employeur. Cette distinction entre salariés en poste et anciens collaborateurs est essentielle pour gérer efficacement les réclamations.
Une fois les droits identifiés, la procédure de réclamation est précise : la première étape consiste à adresser à l’employeur une demande écrite en lettre recommandée avec accusé de réception, dans laquelle doivent être spécifiées les périodes d’arrêt, le calcul détaillé des congés acquis et la demande d’indemnisation correspondante. L’employeur dispose ensuite d’un délai d’un mois pour répondre.
En cas de refus ou d’absence de réponse, la saisine du conseil de prud’hommes est la voie à privilégier. Cette étape judiciaire peut durer environ 12 à 18 mois, mais offre la possibilité d’obtenir la reconnaissance des droits accompagnée de dommages et intérêts, ainsi que le remboursement des frais de justice. L’accompagnement par un professionnel du droit ou un représentant syndical est recommandé, bien que facultatif en première instance.
Le report des congés acquis pendant l’arrêt maladie fait aussi partie des dispositions importantes. La loi oblige l’employeur à informer le salarié au moment de la reprise, ce qui déclenche un délai minimal de 15 mois pour prendre ces congés. En l’absence d’information, ce délai ne court pas, ce qui protège le salarié mais expose l’employeur à un risque juridique.
Cette organisation du report dépend de la durée de l’arrêt : sur des absences inférieures à un an, le délai démarre à la reprise du travail, tandis que pour des arrêts supérieurs à un an, il commence à la fin de la période d’acquisition, sous réserve d’une suspension si le salarié ne reprend pas encore.
C’est un élément central de la gestion des congés par les services RH qui se doivent de respecter leurs obligations d’information pour éviter des contentieux, comme l’a souligné une étude récente sur les droits des salariés en arrêt maladie et le rôle des employeurs.
Liste des démarches essentielles pour faire valoir vos congés payés acquis en arrêt maladie :
- Rassembler toutes les attestations, arrêts de travail et bulletins de salaire couvrant la période concernée.
- Calculer précisément le nombre de jours acquis en fonction de la durée d’arrêt et du type d’arrêt.
- Envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception à l’employeur, détaillant la demande de régularisation.
- Suivre la réponse de l’employeur, relancer si nécessaire avec un second courrier.
- En cas de désaccord persistant, préparer la saisine du conseil de prud’hommes avec assistance juridique.
- Assurer le suivi du dossier et garder une trace documentée de toutes les correspondances.

Impacts concrets et organisationnelle de la rétroactivité sur la gestion des congés en entreprise
Cette réforme bouleverse la gestion classique des absences et congés payés. Les départements des ressources humaines doivent désormais intégrer dans leurs logiciels et procédures la prise en compte des arrêts maladie pour l’acquisition de congés, ce qui implique de revoir les systèmes de paie, de suivi des absences et de planification des congés.
Concrètement, face à l’augmentation du volume des jours acquis rétroactivement, les entreprises voient leur masse salariale impactée. Le cumul des droits suspecté ou avéré peut générer des provisions financières importantes, notamment dans les secteurs à fort absentéisme. Cette évolution oblige les responsables RH à dialoguer étroitement avec les directions financières et à anticiper les coûts.
La complexité administrative impose aussi un travail accru de documentation : chaque déclaration maladie doit être rigoureusement conservée avec enregistrement précis des dates, durées d’arrêt et certifiés conformes. La rigueur documentaire est d’autant plus importante que la charge contentieuse potentielle est réelle, avec des salariés de plus en plus informés de leurs droits.
Un exemple d’initiative innovante est celui de la société « Nova Solutions », qui a intégré un module spécifique dans son système RH interne permettant le calcul automatique des droits à congés acquis pendant les arrêts maladie les plus récents, et ce avec capacité de rétroactivité remontant à 2009. Ce procédé a réduit les erreurs, renforcé la transparence des droits auprès des salariés et minimisé les risques juridiques liés à une mauvaise gestion.
Par ailleurs, la tension financière liée à l’accroissement de la dette sociale dans ce domaine conduit à un débat plus large : comment concilier protection sociale, bien-être au travail et viabilité économique ? Il reste essentiel pour chaque entreprise de bien comprendre les critères qui définissent les congés payés acquis en arrêt maladie et de former les managers à adapter la gestion des congés et des absences, afin d’éviter une suspension des congés injustifiée ou des conflits sociaux.
Enfin, cette nouvelle donne légale est source d’un dialogue social renouvelé, incitant les partenaires sociaux à négocier des accords collectifs qui peuvent prévoir des modalités spécifiques de report des congés acquis ou d’indemnisation complémentaire. La loi autorise notamment la prolongation du délai minimal de report de 15 mois, ce qui peut alléger la pression sur la prise immédiate des congés après un arrêt prolongé.